Oran, une destination touristique incontournable
À la découverte d’un passé foisonnant
Ville aux multiples facettes, Oran a tour à tour été berbère, arabo-musulmane, andalouse, espagnole, juive, française et européenne, avant de devenir pleinement algérienne. Elle incarne à elle seule les soubresauts et les transformations de l’Histoire.
Comme d’autres cités méditerranéennes, Oran est construite sur un patrimoine riche et complexe, héritage de civilisations diverses, mêlant périodes de paix et de prospérité à celles d’invasions et de conflits. Les Phéniciens s’établissent dans la crique de Madagh, puis les Romains leur succèdent à Portus Magnus. Dans la baie d’Oran, Portus Divini devient pour les Romains une rade naturelle très convoitée.
Séduits par cette position stratégique, les Andalous de Cordoue fondent Oran en 902. Les Espagnols, plus tard, y érigent une forteresse redoutable, assiégée en 1563 par le pacha ottoman Hassen, source d’inspiration pour Miguel de Cervantès dans sa comédie El gallardo español. En 1940, les Anglais attaquent la flotte française. Deux ans plus tard, les Américains transforment Mers-el-Kébir en base militaire pour leur campagne d’Italie. La marine française, à son tour, l’investit comme base stratégique après la guerre. Si Gibraltar est la porte de la Méditerranée, Mers-el-Kébir en est la clé.
Le nom « Wahran », donné par les Omeyyades de Cordoue, signifie en arabo-berbère ancien « deux lions ». Ces lions de l’Atlas, devenus emblèmes de la ville, sont évoqués par Cervantès dans Don Quichotte et mis en scène dans Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet. Une sculpture monumentale des deux fauves accueille les visiteurs à l’entrée de la mairie.
Les Fatimides prennent ensuite la ville, avant de partir fonder Le Caire et Al Azhar. Puis se succèdent les grandes dynasties musulmanes du Maghreb : Almoravides, Almohades, Mérinides de Fès et Zianides de Tlemcen. Oran connaîtra ainsi près de six siècles de présence musulmane.
La chute de Constantinople puis celle de Grenade n’épargnent pas Oran. Elle subit de plein fouet les effets de la Reconquista. Mers-el-Kébir puis Oran passent sous domination espagnole à partir de 1509, enclenchant une longue rivalité avec les Ottomans, qui se disputent la ville pendant près de trois siècles.
Sous l’occupation espagnole, Oran devient un bastion militaire. Un président-maire y impose un système très répressif. La ville est ravagée par des tremblements de terre, des épidémies et un terrible tsunami. La situation se dégrade au point que les Espagnols abandonnent la ville en 1792, cédant la place au bey ottoman de Mascara. Ce dernier renforce le système défensif oranais, notamment par la construction du fort de l’Île du Chapelle et du fort Santa-Cruz.
Avec l’occupation française, Oran est transformée. Les souterrains sont bétonnés, les égouts modernisés, l’éclairage public mis en place. El Castellón devient un quartier populaire. La ville s’étend vers Bel Horizon, puis vers Gambetta, le Plateau et Saint-Antoine.

Après l’indépendance, Oran se structure autour de ses nouveaux quartiers. Le ministère de la Culture y implante un musée, une médiathèque et un centre de recherches. Le théâtre régional accueille les grands noms de la scène. La ville devient un pôle culturel d’envergure.
Enfin, le centre historique d’Oran a été officiellement inscrit en 2021 au patrimoine national. Un plan de mise en valeur a été adopté afin de protéger ses richesses architecturales, notamment à Sidi El Houari, site d’origine de la ville. Ce quartier ancien, en surplomb de la mer, recèle des trésors de patrimoine et de mémoire vivante. Sa restauration est aujourd’hui une priorité.
Sur les traces de Camus à Oran
Oran regorge de lieux empreints de la mémoire d’Albert Camus, tant l’écrivain a décrit cette ville dans son roman La Peste et dans son essai L’Été. Un parcours à travers la cité permet de revivre ces pages littéraires à travers plusieurs étapes marquantes : devant le 67 de la rue d’Arzew, où Camus a séjourné entre 1941 et 1942, ou encore place Hoche, évoquant le célèbre match de boxe opposant un puncheur algérois à un Oranais redoutable, vaincu malgré les encouragements de ses supporters.

La cathédrale constitue une autre halte symbolique pour évoquer les thèmes de l’épidémie, de l’enfermement ou encore des attitudes face à la Peste. Le parcours conduit ensuite devant certains bâtiments emblématiques de la ville, souvent critiqués par Camus, comme la maison du colon ou la mairie.

Ces étapes offrent aux jeunes orateurs l’occasion de réciter des extraits du Minotaure ou la halte d’Oran. Et c’est à la Promenade de L’étang, baignée de lumière, que l’on redécouvre les plus beaux textes de Camus dédiés aux paysages oranais.
Sur les pas de Cervantès à Oran
Le circuit Cervantès a été conçu pour faire découvrir une œuvre peu connue de l’écrivain espagnol : El Gallardo Español. Cette pièce de théâtre évoque Oran à l’époque où la ville était un presidio — une place forte — sous domination espagnole.

On imagine Cervantès arpentant les rues d’Oran, se dirigeant vers le Castillo Viejo, alors siège du gouverneur. C’est là que se déroule notre scène : les soldats espagnols juchés sur les remparts, un prince arabe s’avançant fièrement pour défier un chevalier dans un duel symbolique.

Sous ses allures de comédie légère, la pièce offre une précieuse lecture de la société de l’époque : elle renseigne sur l’état de l’armée espagnole, les mœurs militaires, et fait revivre le célèbre siège d’Oran par le pacha Hassen en 1563. Elle met en lumière, malgré le tumulte de la guerre, les idéaux de noblesse partagés de part et d’autre de la Méditerranée.
La musique Raï

Blaoui El Houari, souvent considéré comme le père spirituel de la musique oranaise moderne, a su mêler l’héritage andalou et les rythmes populaires pour poser les bases d’une nouvelle identité sonore dès les années 1940.
Ahmed Wahbi, autre monument oranais, a contribué à moderniser la chanson populaire en l’enrichissant d’orchestrations raffinées et de textes poétiques. Sa collaboration avec Blaoui El Houari a permis de structurer un style à la fois populaire et respecté.

- 👑 Cheikha Rimitti, véritable légende, incarne le versant rebelle et libre du raï. Elle a brisé les tabous en chantant l’amour, le désir et les réalités du quotidien féminin, dans une langue directe et sans artifice. Sa voix rauque et puissante a ouvert la voie aux générations futures.

Ces artistes ont préparé le terrain à l’explosion du raï moderne, porté ensuite par des figures comme Cheb Khaled, Cheb Mami ou Cheb Hasni. Mais à la base de tout, il y a cette musique enracinée, sincère, populaire, que portaient fièrement ces pionniers.